A hauteur du crachoir.




 







Je leur mettrai mon flingue à hauteur du crachoir
Le jour où, se faisant, je n’aurai plus le sou
Pour manger ni pour être où ils m’ont laissé choir
En ces lois exiguës par dessus les dessous !

Je n’irai pas bien loin, les rues vont leur fortune
Et l’impossible vie ses gestes nécessaires…
Il me faut pour manger encore un peu de tune
Aussi – je le sais bien – la vie n’a de dessert

Pour celui qui – partout – sema des mots entiers,
De ces choses de rien qui vont le ventre creux ;
Celui dont on ne sait à peine sa moitié
Et qui ne dira point : « Je ne suis pas heureux ! »

Regardez-le cet homme élagué du mystère
Où l’on ne sait vraiment qui boulotte à sa faim
Sous la pluie des « pourquoi n’ai-je le droit sur terre
De manger simplement du début à la fin ? »

A la fin de ma vie vient mon dernier repas,
J’entrevois l’illusion de l’amour affalé
Parmi les détritus, les miettes de vos pas
Dont jamais, non jamais je ne peux avaler

Que l’on puisse laisser à ce point la misère
Et regarder le ciel en se disant : « Mon Dieu ! »
Avec, infiniment, de piété sous vos airs
De n’avoir pas perçu la faim au fond des yeux

D’un homme qui mettrait son flingue à la hauteur
Du crachoir des banquiers, des pourvoyeurs de fonds,
Un homme qui se tait, sachant les Mots porteurs
Et son geste – en la vie – qui a touché le fond !


 

 

Je sors de la banque
Le crachin du soir
M'effleure
Dans les réverbères
Orangés
Perle le son du temps
Je pâlis du feu qui brûle en mes veines
Au loin j'ai mon pas
Imprécis
Fébrile
La nuit est tombée
Silencieuse
Ou morte
Je me terre en moi

Je suis le trottoir
Encore quelques pas
Et ce sera bon
Mes mains dans les poches
Les billets crépitent
Je prends la tangente
Vers ma maison close
Demain
Je mangerai
Paisiblement!

 

Steak-frites
Petit bordeaux
Mon flingue près de la fourchette
La télé raconte
La précarité
Je tends l'oreille
Des Sans-abri s'exhibent
Aux caméras truquées
Pub
Du bruit sur le palier
Ca cogne à la porte
Œil de bœuf immangeable
Képis à la lumière minutée
De l’escalier
Retour cuisine
Steak froid
Arme empochée
Fenêtre sur rue
Ouverte à la nuit noire
Enjambée la fuite
La cours
La ruelle
Ailleurs
Loin de la négation
Au petit jour
La vie commence !





 

Le petit jour éteint les réverbères
Entre deux poubelles
Je vois la cours pavée
Silencieuse
Où j’ai dormi
Ça pue
La rue approche de son vacarme citadin
Elle m’ouvre les bras
Je m’engouffre dans son vide
Silhouette encrassée
Pas funambules
Premier bistrot-café brûlant
Mon rêve
Entrer
Chez moi !

 

J’ai longé des murs
Les regards
M’ont glacé
Je connais mes chaussures par cœur
La porte tant attendue
Ouverte
Mon chez moi dévasté
Ils ont retourné toute ma vie
Y avait rien à y voir
Je le sais…
Fermer tout
Me laver
Un sac
Ça, çà, çà
Plein à craquer
Voyage à l’horizon
Mon fric en bandoulière
Peut-être un train
Pour un ici-bas de fortune
Eclore
Quelque part
Et manger
Sans regret.

 

« J’ai rêvé New-York
J’ai rêvé New-York…”
Mais je suis Gare de Lyon
Et ça sent la flicaille…
Y’a une gosse aux yeux bleus
Sur le quai des « probables »
Y’a ma vie
Mon destin
Le temps n’a de victoire !
J’inventerai le jour où la pluie s’éphémère
Il fera bon penser
Que personne n’a faim !
 « Un jour pourtant, un jour viendra
Couleur d’orange… »
Je pense à Toi, Louis Aragon !
Mon billet pour demain
Ressemble
A la misère
Mais je m’accroche à lui
Vos mains si loin de moi
Desnos, oh je le sais,
Tu fis tant de voyages
Vois-tu ma route ici
Mon pas
Préfabriqué ?
Puis le roulis du train
La banquette fiévreuse
Mon ombre
Est quelque part
Où vous aurez été !

 

Voyage.

Descend le ciel au bord des vallées interdites
en ces obscurités de ces choses non dites
lorsque épié, au lieu de sa propre blessure,
l’homme se cache en lui, là où il se rassure.

Il s’endort doucement en lui-même serein,
rêve de ce roulis dans le wagon d’un train
qu’il prendrait quelque part sans importance aucune
pour quelque vieil abri, quelque piètre infortune.

A la vitre s’allonge un paysage flou,
l’homme jette un regard que ses pensées déjouent
dans l’écho singulier au rythme fastidieux
du roulis sur les rails ; l’homme, lui, cherche Dieu.

La pénombre pourlèche son visage éteint,
il sait qu’il faut aller jusqu’au petit matin,
tenir en la froideur de son rêve grisé,
tenir et ne laisser rien d’autre le briser !

Le sommeil, en sa vie, a pris toute la place,
il s’endort n’importe où même au reflet des glaces,
et le train atténue ses mouvements d’acier,
l’homme, au long de la nuit, n’avait fait que prier !

Aux premiers pas fébriles, sur le quai jonché
de feuilles automnal’, il n’a rien à chercher,
vers quelque incognito se dirige et regarde
si quelque part encor, en son cœur, Dieu le garde.

Il traverse la voie déserte vers l’ailleurs,
pressent, au fond de lui, une intime frayeur,
l’autre cheval d’acier passe sa route ici
et lui ôte d’un coup… le poids de ses soucis.
 


 

Le train m’a bercé
En ce sommeil je n’ai su dormir
Je n’ai pas lâché mon sac
Mais je n’ai pas regardé mes chaussures
Une voix doucereuse
Annonce :
 « C-F »
Le jour a bien avancé dans sa quête du temps
Le brouhaha de la foule
Me rassure
Je me noie, sur le quai, parmi tous les regards
Il m’a dit : « Ne sors pas de la gare
Va à la buvette,
Au bar tu verras
Un homme
Ecrire
Sur une feuille jaunie par le temps
Avec un crayon à papier
Rouge
Dis-lui : Poésie ?
Il répondra :
Vous aimez ? »
 

A n’avoir plus regardé mes chaussures
Je remarquais ses bottes
Santiags
Sur le dallage de la salle des pas perdus
Qui martelaient
Un quatre temps vers l’extérieur
Que savais-je
De lui
Rien
Outre ce message privé
Qui poursuivait mon texte :
« A hauteur du crachoir »
Il me disait : «  Venez,
J’ai entendu la vie
Comme vous l’écrivez ! »
Le temps n’arrêtait pas
De narrer mon infortune
Et qu’avait-il
Ecrire
Sur son papier jauni ?
Chez lui
Le soir tombait
Il dit : «  Je sais la route… »
Et nous parlâmes
Longuement
Puis il me lut ce texte :



Lorsque vous sortez …

Il est étroit mon chemin creux
aux pieds de géantes montagnes,
étroit, ainsi que ténébreux,
j’ai goûté, de la vie, le bagne.

Il s’en fallut de trois fois rien
- l’hiver était rude et précis -
des hommes, qui savaient le bien,
me dirent que j’étais ici

pour avoir, en des jours anciens,
détourné l’ordre respectable
- bien sûr le leur n’était le mien -
mais je devais plaider … coupable.

Le bruit des clefs, les longs couloirs,
des portes closes sur des vies,
on entre … on n’a rien à vouloir …
on se tait … et l’on vous dévie

du chemin creux, loin des regards,
où vous alliez comme étonné
que la liberté ne s’égare
entre vos mains, elle … ânonnée.

Le ciel si clair du froid du temps,
entre les barreaux, se divise,
l’on compte l’ombre des instants
mais les instants n’ont plus la mise …

Le chemin creux n’a pas changé,
seule, en des reflets, la saison
a, quelque peu, tout mélangé
lorsque vous sortez … de prison.
 

Deux jours pour se connaître un peu
Mesurer la confiance
Les gestes parlent d’eux-mêmes
Toutes ses feuilles sont jaunies par le temps
Et son crayon est
Rouge
Rouge sang, rouge révolte
Rouge cœur, Rouges idées
Il n’avait pas écrit
Sur la feuille qu’il me présenta
Juste un dessin
Un tracé vers ce quelque part
Où il me proposait d’aller
« Après ça, dit-il,
On n’aura plus jamais faim »
Je revis mon braquage
Il me sembla petit
La vie d’ailleurs était étroite
Tous les trottoirs
On leurs flaques d’eau
Et les feuilles, quelquefois, un dessin
Différent.


Le dessin.


- Dessine-moi l’amour, me demanda l’Enfant.

- C’est la beauté qu’on lit dans les grands yeux du faon…

- Dessine-les, veux-tu, dans mon grand cahier bleu

- Mais, tu sais, mon stylo écrit toujours qu’il pleut !

- Oh dis, juste une fois, je voudrais tant les voir…

- Oui, je sais, ces yeux-là ont tout pour émouvoir !

- Alors, tiens, là, ici, au milieu du cahier…

- Ma main, tu sais, Petit, est comme un peu liée…

- Essaie, tu verras bien et puis moi j’apprendrai !

( Alors je me lançais… Je fis un premier trait )

- Tiens voilà mes crayons de couleurs et ma trousse…

( Je fis quelques nuances bleu ciel assez douces )

- Si tu veux j’ai ma gomme et des pinceaux aussi !

- On n’efface jamais l’amour, c’en est ainsi !

- Alors je garderai ton dessin très longtemps ?

- Jusqu’au jour où l’amour fleurira tes printemps…

- C’est joli tes couleurs, mais ce n’est pas des yeux…

- Je croyais mais, vois-tu, je deviens un peu vieux !

- Mais c’est l’amour quand même ton dessin, dis-moi ?

- C’est ce que j’ai gardé de ses plus doux émois !

- Pourquoi t’arrêtes-tu ? Tu as déjà fini ?

- Non mais, tu sais, l’amour parfois s’évanouit !

- Et pourquoi dans tes yeux on dirait que tu pleures ?

- Tiens, voilà mon dessin… - Elle est belle ta fleur !
 

D’un dessin, l’autre,
D’un mot
D’un geste
Une route s’ouvre devant soi
Différente
Mais toujours
Pluie ou soleil
Marbrée des pas d’autres jours
On prévoit ou non sa quête de la vie
A cet instant
Tout était prévu
Le jour
L’heure
L’endroit
La façon finement délicate
S’il ce peut
De leur mettre mon flingue à hauteur du crachoir
Je savais ne pas trembler
Retenir mon souffle
Ecouter
Voir
Toutes choses imprévues
Qui
Par de-là les mouvements du jour
Pourraient
Détourner mes pas.




Mon flingue.


J’arpente les rues du quartier,
Tout m’apparaît demi, moitié…
Moitié vide et même assez dingue
Avec mon flingue !

La nuit s’approche assez féline
Et mon ombre, à mes pieds, décline…
Au loin, là bas, on fait la bringue ;
Moi… J’ai mon flingue !

Un gyrophar’ cligne de l’œil,
Il brille dans la nuit en deuil,
C’est bon… J’ai planqué sous mes fringues
… Mon flingue.

A l’angle même où l’avenue
Ouvre ses bras aux inconnus,
Je vais déposer sur un zinc
Mon flingue !

Un verre, un autre et puis la paix,
Tout seul, pénard, pas d’irrespect !
Non rien vraiment qui me déglingue
…Moi ou mon flingue !

Alors je sors et vers les cieux
Je lève la main et les yeux…
Mais les cieux, là, me font du gringue…
Je sors mon flingue !

 

La veille
Il m’emmena dans les sous bois de sa région
Les chants d’oiseaux
Les clapotis aux cascades
Des ruisseaux
La lumière du soleil
Filtrée dans les branches des pins
L’odeur de la terre humide
Toutes ces beautés m’aveuglaient
Il dispersa
Ça et là
Des cibles de tir
Au pied d’un arbre proche
Sur la branche basse
D’un pin
Certaines à deux pas
D’autres bien lointaines
Tout semble tellement loin lorsque la vie tient en un jour
Nous nous parlions à coup de revolver
Il transperçait une cible
Moi une autre
Tour à tour
Les détonations
Se faisaient écho
Nous ramassâmes toutes les cibles
Etrangement
Après tout se vacarme
Un oiseau
Invisible
Chanta
De la plus haute branche
Du plus haut point du jour
J’entendis :


Bird on the Wire

Like a bird on the wire,
like a drunk in a midnight choir
I have tried in my way to be free.
Like a worm on a hook,
like a knight from some old fashioned book
I have saved all my ribbons for thee.
If I, if I have been unkind,
I hope that you can just let it go by.
If I, if I have been untrue
I hope you know it was never to you.

Like a baby, stillborn,
like a beast with his horn
I have torn everyone who reached out for me.
But I swear by this song
and by all that I have done wrong
I will make it all up to thee.
I saw a beggar leaning on his wooden crutch,
he said to me, "You must not ask for so much."
And a pretty woman leaning in her darkened door,
she cried to me, "Hey, why not ask for more?"

Oh like a bird on the wire,
like a drunk in a midnight choir
I have tried in my way to be free.

Léonard Cohen

 

Au soir
Nous nous sommes récités
Mutuellement
Avec précaution
Attentifs
A l’autre
Soucieux de ne faire d’erreur
Le plan
Précis
Détaillé
Tel un souvenir parcourant les années sans jamais se déformer
Le plan pour demain
Gravant
Chaque minute
Dans nos mémoires
Chaque petite chose
Qui
Echappant
Nous ferait trébucher
Poésie ?
Vous aimez ?
Elle nous réunissait dans l’ombre de la vie
Où les Mots, qui nous étaient chers,
Allaient
Un moment
Faire place aux gestes
La nuit vint comme une douce mélancolie
Où je me remémorais
Ce texte de Cohen
Trop souvent
Entendu
En Anglais :


 L'oiseau sur le fil *

Comme l'oiseau sur le fil
Comme l'ivrogne dans une église
J'ai tenté d'être libre à ma façon
Comme le ver au bout du fil
Comme le chevalier d'un ancien livre
J'ai gardé pour toi ma chanson
Si je fus cruel
J'espère que tu pourras l'oublier
Si je fus injuste
J'espère que tu sais que ce ne fut pas pour toi

Comme un enfant mort-né
Comme une bête encornée
J'ai déchiré ceux qui tendaient la main vers moi
Mais je jure par cette chanson
Et le mal fait dans ma maison
Que je réparerai pour toi
J'ai vu un mendiant appuyé sur son ombre
Il m'a dit : "Tu ne dois pas trop demander"
Et une jolie femme devant sa porte sombre
Elle m'a crié : "Hé, pourquoi ne pas plus demander"

Comme un oiseau sur le fil
Comme un ivrogne dans une église
J'ai tenté d'être libre à ma façon *

Léonard Cohen


Traduction de Jean Guiloineau

* Autre traduction possible :

L’oiseau sur la branche.

Comme l’oiseau sur la branche
Comme l’ivrogne au cœur de la nuit
J’ai cherché ma liberté…

 

Après avoir préparé le chemin du retour
- Il en est tant dans la vie -
Nous nous postâmes près de l’entrée
Attendant qu’un client
Sollicita l’ouverture
De la porte
Il suffit souvent de frapper
Quelque part
Pour que quelqu’un
Vous réponde
Ici
On ne frappe pas
On se dissimule
On observe
On espère
Les mains moites
Le cœur dans le ventre
Qui bat
Au rythme de la peur
De l’inattendu
Qui, souvent dans la vie,
Vous a fait défaut
L’inattendu
Ce quelque chose
Qui vous prend en plein vol
Un regard
Un sourire
Un mot parfois
Et l’on s’éveille avec un nouveau jour
Dans la tête
Une illusion
Un rêve
Un chemin

 

Notre chemin s’ouvrit
Un homme entra
Nous le suivîmes
Deux guichets
Deux armes braquées
Les mains se lèvent
Pas un cri
Sous nos masques de Pierrot
La sueur coule
Ruisseau de la peau
Qui parle
Les liasses de billets
Dans le sac
Vite
Vite
On tire en l’air
Tout le monde se couche
On sort
Les masques tombent
L’alarme retentit
Petite rue à droite
Escalier de pierre
Martelé d’une course-acrobate
Porte ouverte
Refermée
Sur les caves d’un vieil immeuble
Reprendre son souffle
Et le chemin du retour

 

Revenir est bien souvent
Plus simple
Que partir
On ne s’interroge plus
L’issue nous est familière
Chaque geste
Chaque pensée
Nous rapprochent
De nous
Rien n’étonne
Seul ce possible qui se fait jour
Après une pareille promenade
Ce possible
D’être
De respirer
De sentir doucement son cœur
Sortir du ventre
La peau du visage
Qui sèche au grand air
Comme un linge
Frappé par le vent du bien-être
On ose
Petit à petit
Regarder devant soi
Et la seule blessure qui restera profonde
Sera ce souvenir
D’avoir dû
Un jour différent de tant d’autres
Étouffer sa faim
A l’aide
D’une arme

 

« Sur l’écran noir de mes nuits blanches »
Nougaro
Je le sais bien
On se fait son cinéma
Sur le mur face à la table
Mon regard suivait le film
D’une étrange histoire…
D’un coup de tête dans le coude
Mon chien
Me rappela à l’ordre…


 



Depuis combien de temps étais-je resté là
A suivre
Ce chemin

De mon écrit :
« A hauteur du crachoir »
Je tournais la tête
Le regard de mon chien
Disait :
« J’ai faim
C’est l’heure »
Comment peut-on oublier
De donner
A manger
A quelqu’un
Mon repas était froid
Je remplis
La gamelle de mon chien
Nous mangions tous les deux
Et le film
Si troublant
Si fertile
Qui m’avait conduit vers l’imposture
Sur le mur de ma négation
S’achevait
Comme perdure en Nous
La plaie
De Tous Ceux
Qui souffrent
Nougaro
Je le sais bien
« Sur l’écran noir de nos nuits blanches »
Il est des vers
Il est des sons
La musique de l’inconduite
Il est le temps d’apprendre à vivre
Et...
C’est déjà trop tard !

 



 



Les textes présents sur ce site restent la propriété exclusive de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être copiés, même partiellement, ni faire l'objet de transaction à but mercantile, selon les lois de propriétés d'auteur en vigueur (articles L. 335.2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.)

© Copyright 2002 ~ 2007 Tous droits réservés par Alain Girard

 

 


 

 



Poésie Mon Amour