Souvenir.

 

Un homme écrit. Tout est silence.
Par la fenêtre il entrevoit
L’ombre d’un mot qui, seul, s’élance
Vers cette page où il commence
A percevoir un peu sa voix.

La clarté de la vie faufile
Des raies effilées, des pensées ;
Un homme écrit le temps qui file
En ces souvenirs qui défilent
Aux pas incertains du passé.

Il puise ses métamorphoses
En des images décalées ;
Tout est silence et là, se posent
Un visage, un parfum… ces choses
Qui, si loin, s’en étaient allées.

De l’autre côté du miroir
Paraissent des yeux interdits,
Quelques bribes, presque illusoires,
De musique qui vont le soir
Evoquer tout ce qu’il n’a dit.

Par la fenêtre le temps passe
Et doucement s’éteint le jour
Et doucement, en lui, s’efface
L’image dont il sait – hélas - 
Qu’elle s’est fanée pour toujours.

 

 

Le souffle de ta vie.



Il ne pleut plus… Le songe a quitté mes pensées
Comme s’en va l’oiseau, en d’autres cieux, danser
Lorsque à l’exquise extase où je te cherche encor
Il ne me reste plus que l’ombre de ton corps !

Il ne pleut plus… ni même une bruine sauvage
Maintenant que la vie a parcouru mon âge
Et, qu’en d’autres là-bas, tu comptes tes années
A ton regard-enfant que l’amour a cerné !

Maintenant, maintenant dessinés les soleils
Aux rideaux effrangés de mon cœur en sommeil
Comme un vieil artifice aux couleurs délavées
Ou cette plage enfouie aux rues encor pavées

De la folle existence, au pas-à-pas des mots
Dont j’appris les secrets à mesure des maux,
Et ce rituel absous de mes désinvoltures
Qui n’est rien, aujourd’hui, de ce que « toi-moi » furent !

Il ne pleut plus… et l’aube, en ses demies pensées,
N’effleure que bien peu, d’un éclat insensé,
Mon âme aux petits lieux de mes ruines étranges
Où galvaude ton ombre en quelques reflets d’ange

Sur le murmure épris de mon cœur à ton cou
Dont le rythme lassé se réveille d’un coup
Là, quand il ne pleut plus et que je sens, sournois,
Le souffle de ta vie, en ma vie, qui se noie !

 

 

T’oublier.


Je sais bien que, dans le ciel clair,
Les souvenirs ne sont brouillés,
Ils flottent, là, partout, dans l’air…
Je ne parviens à t’oublier !

Et s’étoile dans mon silence,
Là, sous mes yeux un peu mouillés,
L’image bleue de nos errances…
Je ne parviens à t’oublier !

Tu es nulle part et partout,
Moi je reste, là, endeuillé
De ce rêve où j’entends surtout :
Je ne parviens à t’oublier !

Que dirais-tu de ce poème,
Petite chose balbutiée,
Echo de mes anciens : « je t’aime »…
Je ne parviens à t’oublier !

Peut-être les fleurs vagabondes
Me diraient-elles d’essayer ?
Mais, de leurs parfums, tu m’inondes…
Je ne parviens à t’oublier !

A tous les rivages des vies
J’accroche mon pas singulier
Mais, pour toi, j’avais eu envie…
Je ne parviens à t’oublier !

Au soir des rives inconnues,
Au bruit des pas dans l’escalier
Et dans l’immensité des nues…
Je ne parviens à t’oublier !

 


Cette rime amoureuse.


Et puis voilà la vie et puis voilà l’histoire,
Ses chemins creux bordés d’espérances rebelles,
Quelque vague horizon, quelque écho de guitare…
Encore un jour s’en va vers une nuit nouvelle !

Je m’endors en tes yeux, ton souvenir m’enlace,
La brume a, sur ma vie, le parfum de ton cœur
Et le mien, désormais, n’est que cette ombre – hélas ! -
Languissante et meurtrie qui te cherche et qui pleure !

J’ai repris la chanson que tu m’avais offerte,
Celle qui – fredonnant – me donne des frissons…
« Les moulins de mon coeur »… Une plaie s’est ouverte
Et les moulins en croix chantent à l’unisson !

Encore un jour s’en va vers une nuit nouvelle…
Le murmure des yeux prolonge mon destin
Et chaque fois d’un pas, à mes sentes rebelles,
Je m’en reviens vers toi et vers toi je m’éteins.

Puisse, par tous les lieux, cette rime amoureuse
S’envoler à des vents d’espoir et de bonheur,
Et discrète et frivole et puis aussi… fiévreuse,
T’apporter mon amour et l’écho de mon cœur !

 



Aux veilles des fardeaux.


Je ne dormirai plus sans toi,
La nuit me fait froid dans le dos !
L’amour a-t-il un autre toit
Pour ton sommeil à mon repos ?

Dis-moi le rêve où ta tendresse,
Par tous les cieux, me fit revivre,
Ces jours anciens que l’on délaisse
Sans avoir terminé le livre !

Je divague au plafond du temps
Dans la chambre enfumée d’absence !
Dis-moi le tendre de l’instant
D’hier éveillé de nos sens !

Et l’orage où nos corps s’épellent…
Mais le présent n’est plus amour !
Je suis celui… Tu restes Celle
Dont les nuits enflammaient mes jours !

Là-bas, aux veilles des fardeaux,
le vide, en mon cœur, me tutoie…
La nuit me fait froid dans le dos,
Je ne peux plus dormir sans toi !

 

 

Et Vous ?


Et Vous, et Vous, et Vous… Parlez-moi donc de Vous,
Je n’ai pas tout appris des Etres ici bas
Quand bien même le temps, quelque part, je l’avoue,
M’offrit de doux chemins comme autant de combats !

Parlez-moi de ces choses à vos doigts blessés,
De celles, à vos yeux, qui brillent par instant,
Des rêves, des folies bien souvent délaissés
Quand même votre cœur ignorerait le temps !

J’écouterai vos peurs, vos rages, vos amours…
Pudique je serai l’ombre au pied du silence,
Je ne bougerai pas ni même mes détours
Lorsque, Vous évoquant, Vous croirez mon absence !

Je resterai blotti au coin de ce bonheur
Que vous m’offrirez, là, comme quelqu’un se voue,
En secret, à la vie qui rit comme elle pleure
Car je n’ai tout appris… Parlez-moi donc de Vous !
 

 


A demain !



Au ruisseau de mon rêve, où murmure un frisson
D’amour, de poésie, de tendresse secrète,
Glissent comme un voilier ces choses qui ne sont
Qu’un espoir amoureux et qui restent muettes !

Tu m’appris, sous les draps de la vie, le partage,
Et le cœur dévoilé de toutes ses blessures ;
Au secret de tes reins je sus bien d’avantage
Comme l’or est au ciel et que tout s’y rassure.

Je fus toi, je fus moi brûlé de ces pénombres
Où frisait, quelques jours, au travers des rideaux,
Un soleil irradiant les beautés les plus sombres
De ton corps enflammé jusqu’au bas de ton dos.

A ce bonheur exquis, à tes galbes je sus
Comme l’amour revient dès qu’il s’est éloigné
Et mes lèvres posées, à ta bouche aperçue,
Cherchaient encore un peu à s’y égratigner.

Sous les draps de la vie je m’endors ou vacille,
Ton corps brûlant, fiévreux, noué entre mes mains…
Au ruisseau de mon rêve ainsi se déshabillent
L’amour, la poésie, la tendresse… A demain !
 


 

vous écoutez: Maria-Luisa (Op19 n°2) de:
Julio Salvador SAGRERAS



Poésie Mon Amour