Je commencerai par la fin.

Il regarda ses menottes, les murs presque se touchant, la cellule sale et les hommes sombres. Les clefs qui jouent à la plus belle. Il sortit de la cellule. Ceux qui dormiraient là ce soir, cachaient leurs visages sous leur couverture. Combien de jours ici ? Rien ne changerait ce rituel. Les hommes sous les couvertures quand l’un d’entre eux prend son paquetage.

La porte est une nuit sans mot lorsqu’elle se referme derrière vous. Que vous entriez ou sortiez, la porte est une nuit sans mot.

Sans mot les jours parmi ces hommes en attente de combien ? Combien de jours, combien de nuits, combien de morts imaginées ? Combien de fois la sortie, le retour ? Combien de plaies pour l’imposture ?

N’est-il pas d’imposture parmi tous ces déchets ? Ces hommes prient au piège des libertés citées ? Qui peut souffrir cela ? Quoique que fut son offense aux étalages publiques ?

Lui, c’est le Gitan. Vingt ans. Vole de voiture. Récidive. Un an au trou. Lui, c’est « je viens de la zone ». Doit apprendre à lire et à écrire. Sortira quand il réussira l’examen « scolaire ». Lui, c’est « le clochard ». sans domicile fixe. Ramassé sur un banc. Trente jours au chaud.

Moi, c’est « je découvre ». J’ai pas volé l’orange.

Je sens ces hommes. Je les respire. Les regards sont suspects. Les paroles rares. La cellule, trois lits superposés. Une table. Le chiotte.

On peut lire, attendre, tourner en rond, siffler, cracher parterre dans tous les cas les matons surgiront. Fouille. Alignés dans le couloir on entrevoit les matelas virés à droite à gauche, les barreaux de la fenêtre raisonnés des grands coups de gourdins métalliques.

-J’en ai limé deux avec une lime à ongle, susurre le Gitan !

-Y en a cinq, dit « je viens de la zone »

-Tu sais compter, rétorque le clochard ?

-Moi, je découvre… ça sent la violence !

Rapidement l’on s’habitue. L’homme parle s’il y a danger. Entre eux, dans la cellule, le silence est indécis.

La porte s’ouvrira sur l’un d’eux, l’un après l’autre; les couvertures sur les visages, l’une après l’autre. Ils sortiront chacun leur tour mais… la cellule ne sera jamais vide.

Je finirai par le début.

Nuit noire. Voiture volée. Interpellation. Arme sur le ventre. Risque de tout vivre ou de tout perdre selon la tension. Rien à dire. Le tort fait le coupable. La loi sa besogne.

Je regarde mes menottes. Les armes brillent dans les gyrophares. Je sais où je vais alors qu’avant je cherchais mon chemin.

 




Poésie Mon Amour