Les dents du lion.





J’ai mis la mort au clou de mes déshabitudes,
désinvesti les lieux de mes compromissions,
ébranlé de partout l’immense solitude…
C’en est fini de taire ainsi mes soumissions !

Et je lève bien haut le poing de ma révolte,
et mon cri sur le monde étend sa rébellion,
j’ai branché mon compteur à plus de cent mil volts,
j’ouvre ma gueule ainsi qu’on voit les dents du lion !

Depuis l’homme en ses peurs aux souillures du temps
j’ai regardé en face et le deuil et l’errance,
les peuples insoumis éteints - et tant, et tant -
qui ont gravé en moi d’innombrables souffrances.

Alors, regardez bien par vos fenêtres closes
l’insoumis qui renaît de toutes ses ferveurs,
il porte, au fond des yeux, la plaie de toute chose
qu’en votre monde on voit et que l’on nomme : « erreur » !

Regardez cette mort au clou qui se balance,
n’est-elle votre vive négation de paix ?
Regardez, regardez là haut d’où je m’élance
il se peut que mon corps est votre propre aspect !

Et dans le plus fébrile instant de ne plus être
je retombe au grand jour sur le monde infernal,
j’éclate la laideur qui bruine à vos fenêtres
quand l’homme d’aujourd’hui n’est qu’ombre féodale.




 



L’oubli.


 





Ils sont morts au fond de vos yeux
ces gens que vous croisez partout,
il n’est pas de couleurs aux cieux
où vous n’ayez percé un trou !

L’œil est crevé, et du ciel tombe
la pluie de l’enfer sur les jours
et les nuits mornes d’hécatombes
où vos rêves ont leur séjour.

Et vous vieillissez dans l’erreur
et la débâcle et l’insomnie
à vouloir ignorer la peur
de l’homme en ce monde qui nie

l’urgence de parler plus fort,
celle d’écrire à vos frontons :
« si nous ne faisons plus d’effort
c’est la faute aux qu’en dira t-on » !

Que dites-vous ? Je n’entends pas !
Ah oui : « sauver votre beafteck ! »
C’est vrai la faim mène au trépas
des gosses aux yeux sombres… secs !

Il est des gestes pieux partout,
à vouloir résoudre ces choses,
mais depuis tout, de n’importe où
la famine encor se dépose.

Et les ventres creux s’agglutinent
jusqu’aux portes de vos maisons,
bientôt l’abeille qui butine
ne saura qu’elle est la saison

où pousse, au vent de la nature,
ce pistil abondant, à point,
et vous, parmi les pourritures,
offrirez l’ivraie pour le grain.

Aux cieux il n’est plus de couleurs,
le vert de l’espoir a pali,
vous protégez partout vos leurres
aussi… je vous offre : l’Oubli.




vous écoutez: La Catedral (Allegro Slemne) de
Augustin BARRIOS MANGORE



Poésie Mon Amour