Des milliers de vers.



En long en large et en travers,
par tous les chemins que j’ai pris,
j’ai semé des milliers de vers
mais j’ai mal d’avoir tant écrit.

Sur la route où l’ombre s’allonge
quand le soleil va, déclinant,
j’aime le paisible du songe
et respirer le lancinant

parfum des bois et des rivières,
empruntant le sentier du rêve
ainsi par-là, dans ces lumières
éprises d’or, je suis en trêve

avec la vie, ses impostures …
Le vent galvaude mes silences,
quelques mots viennent sans rature
et s’envolent sans que j’y pense.

J’ai écouté pleurer des arbres
après les hivers de la vie,
relu, à ces plaques de marbre,
le nom de ceux que j’ai suivis

en quelques lieux, pour quelque temps …
Ils dorment … Vienne mon silence
comme un respect qui en dit tant
à ne connaître l’indolence.

Aux bords étroits de mes rigueurs,
là, par ces mots juste entrouverts,
il n’est plus rien qu’une langueur …
En long en large et en travers.


 



Enfin tourner le dos !



Le tourbillon du temps exhibe, en contre jour,
les sursauts incertains d’un homme inhabité,
ni les soleils des riens, ni les pluies des toujours
n’entrouvriront la porte de sa liberté.

Sur le mur, en guenille au pourtour des saisons,
là où il s’appuyait, en ses regards rebelles,
l’érosion des tristesses blêmit sa maison,
l’ombre, en son contre jour, évoque une poubelle.

Il rentrerait chez lui, écrirait son histoire
mais le rêve ne peut définir la pensée,
et l’aube de ses droits se lève un peu trop tard,
il sait, au fond de lui, comme il en a assez !

Ce fut, en d’autres jours, qu’il combattit sans trêve,
les forces de l’instinct s’épuisent peu à peu,
comme le temps est court ! comme la vie est brève !
et son ombre, ici-bas, maintenant est en feu !

De ce pas négocié à de vieilles blessures
que la vie déversa en quelques gouttes d’eau
sur son chemin, perdu, seul ainsi le rassure
ce geste qui convient… enfin tourner le dos !
 



Quand un mouton s’égare.



J’écris le deuil… Est-il encore
une autre histoire à ce destin ?
L’ombre humaine plaide en nos corps
cette âme en nous que tout éteint.

Pernicieuse vie dont l’outrage
inflige à l’Etre ses douleurs,
du jeune enfant à l’homme d’âge
toute chose est faite de pleurs.

Et je vois dans les rues blafardes,
couchés parterre, en toutes villes,
des malheureux dont tout me farde…
Ils seraient, dit-on, Trois Cent Mille 

en notre beau pays frileux
qui laisse aux pieds de leurs tombeaux,
quel que soit l’endroit où il pleut,
leurs propres Frères… Que c’est beau !

C’est beau ! ça vous ressemble bien,
peuple épris de Fraternité
mais à défendre trop vos biens
vous oubliez l’Humanité !

Faut-il haïr pour que changea
l’indifférence qui vous sied ?
Faut-il plus de morts que, déjà,
au trottoir s’encombrent vos pieds ?

Vous n’êtes rien, vous êtes deuil
et votre pays la poubelle
où l’on empile les cercueils…
Quand un mouton s’égare… Il bêle !

 

 

L’aube taira.


Je vais dire ce qu’il en est
de ma verve et de mes mirages,
de ce cri, ce cri-là qui naît
de l’injustice par mes rages ;

plus fort, à décoiffer l’azur,
plus haut que l’immortalité
lorsque la vie, en sa masure,
partout éteint la Liberté !

La vie ? Votre propre vouloir
en ce monde impur et pourri
dont vous longez les longs couloirs,
vous qui n’ôterez mes écrits

partout où je peux dire en face
à l’homme de l’homme blessé :
« Il n’est de couleur, ni de race,
il est des Êtres enlacés »

Et vous n’écoutez de cela
que le piètre malentendu,
j’irai plus haut que l’au-delà…
de vous j’ai déjà tout perdu !

Nettoyez donc devant vos portes,
cela sent la vieille rumeur,
même mon chien ne la supporte,
javellisez tout ce qui meurt

avant que, regardant l’amour
là où vous pensiez qu’il serait
à vous attendre en son faubourg,
vous compreniez qu’il n’est plus près

à servir en vos éloquences
lorsque vous mentez mieux que tout,
à vous laisser, outrecuidance,
faire de lui l’ultime atout

dans votre jeu pipé d’avance,
votre petite foi en rien
hormis l’or qui vous met en transe
et votre avenir de gens bien.

Oui ça pue autour de chez vous,
et les chez vous en voilà trop !
Coin de rue et bouches d’égouts
où crèvent encor des marauds !

Marauds qui vient de maraudeurs
comme je viens vous dire ici :
« Ces hommes-là n’ont plus d’odeur
pour vous et vos petits soucis ! »

Le monde est livré en vos mains
souillé des grêles mortifères,
l’aube taira tous ses demains
tant vous avez tout laissé faire !


 

 


N’importe où sur la terre.


Un homme se terrait sous l’escalier d’un pont,
replié sur lui-même et les marches glaciales,
les yeux à demi clos et les rides au front
semées de ses douleurs profondes et bestiales.

Il n’était pas cinq heure et la ville à l’écart
bruissait de tous ses feux et de ses dévolus
jetés sur l’ignorance et les fonds de placards
où chacun rangera son petit gré de plus.

Lentement s’estompaient les marches une à une
au bon vouloir de l’heure et de ses prévoyances,
et ce serait bientôt cette chose commune
en finir des douleurs et de toute ignorance.

A quelques pas le fleuve, en ses noirs clapotis,
reflétait les lumières de l’extravagance
dont la ville, à côté, comme des graffitis,
projetait, ça et là, toute l’inélégance.

Quand il ouvrit, dans l’eau, le trou de ses mystères,
l’homme ne savait pas qu’éclabousser le monde
de quelques gouttes d’eau, n’importe où sur la terre,
n’entacherait jamais l’indifférence immonde !


 

 


Esquisse


Je dessine des mots et le soleil s’étiole
au loin sur la colline où des oiseaux s’envolent,
nulle ombre ne dira où mène leur chanson,
ni le secret des voix dont j’apprends la leçon ;

Au plus haut point des cieux où mon regard s’évade
tout comme ces bateaux qui n’auraient plus de rade,
des volutes de vent éprises de ciel clair
balbutient mes pensées qui gisent là dans l’air ;

A dessiner des mots il fait parfois bien triste
lorsque l’on ne sait dire – à n’être pas artiste -
le profond véritable de sa nostalgie
là où le cœur a froid, là où son ombre gît ;

Et le dessin des vers, comme un tableau vieilli
au grenier de l’histoire où l’on avait cueilli
leur musicalité, parfois leur imprudence,
n’esquisse rien de plus qu’une impossible danse.

 


Là, lorsque la nature


La colline, brodée de nuages gris perle
où les verts éclairés obscurcis par endroit,
laisse au long des sentiers percer le chant du merle
dont la folle chanson séduit aussi sa proie ;

Quand le jour langoureux avance à mon regard
à des lumières, là, d’un instant, là, changées,
que tout est silencieux et qu’il n’est pas si tard
je suis, à cette vie, simplement obligé ;

Voilà le moment frêle de la discrétion
là, lorsque la nature offre cette impression
que, partout, sur la terre, l’homme serait heureux,

Voilà, à ce fragile et délicieux espoir,
le plus profond désir de toujours plus y croire
et que toute colline eut un ciel vaporeux.

 

 

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