Dans le regard meurtri

 

 

 

Ebouriffé au vent de ses vieilles amours
Le poète étourdi, même son cœur blessé,
Même ses illusions et même, en certains jours,
Le désir incertain comme un peu trop pressé…

Le poète s’envole au solitaire instant
Dont s’effeuille à l’endroit le revers de l’histoire
Qu’il n’écrira jamais, fut-elle en d’autres temps
Qu’ici bas bégayée, qu’ici bas en retard !

Fut-elle au demi-jour des étreintes exils
Lorsqu’il fuyait la vie en des bras de voyage,
Où par de-là l’errance écorchée de son style
A peine dessiné qu’il en vit le pillage !

Il sourit de ces riens qui font les grands parcours,
Dépose lentement, au chevet de son rêve,
Toutes ces choses mues en quelque fond de cours,
Ces petits riens du tout qui rendent la vie brève !

Et là haut, tout là haut démuni de l’absurde
Où les grandes pensées font les plus grands dégâts,
L’homme noir, l’homme blanc ou l’Afghan ou le Kurde
Ne tourneront vers lui que de piètres appâts !

Il n’entend plus bouger le blessé qui se meurt
A tant avoir offert ses mots en sacrifices,
Il reste là figé et ses rêves demeurent
Dans le regard meurtri… de chacun de vos fils !


 

vous écoutez: Milonga de: Astor PIAZZOLA

 

Poésie Mon Amour