Oh viennent, à moi, les silences !



 

 


Quels que soient les mots que j’écrive
En tous les lieux de mes survies,
Ils partent tous à la dérive,
Au fol hiver, sans plus d’envie ;

Sans plus rien chercher à comprendre,
Sonnent les verbes, les accords
Et les rêves qu’on peut suspendre
Au clou des murs que l’on décore

Comme le machinal abject,
La dérision des vers sans fin
Ou ce vieux sandwich que l’on becte
A n’avoir jamais vraiment faim…

Faim, soif et, toute retenue,
L’envie de mordre son destin
Sur la route où l’ombre des nues
S’effile fausse en faux matins ;

Fausse partance, faux-semblants,
Lumière alexandrine aigreur,
Octosyllabe noir ou blanc
Je vous écris, j’en ai bien peur !

Quels que soient les mots, leur parcours
Et même la diction au vent,
Ma chanson… au fond de sa cour ?
A la poubelle plus souvent !

Ma ritournelle, ma déglingue,
Ma verve délogée des bois
A moitié folle, folle dingue
Ou, pour le moins, là, aux aboies !

J’y ai vu toutes mes laideurs,
Tous mes sanglots, mes sacrifices,
Est-il encore autant, tant d’heure
A graver des mots-cicatrices ?

Oh viennent, à moi, les silences,
Le muet de l’ « e » embué,
Toutes ces choses qui élancent
L’écrit que je voudrais tuer !

 

 

vous écoutez: le Prélude Op.28 n°7 de Frédéric Chopin

 

Poésie Mon Amour