La phrase et son parfum

 




Et puis tout est discret aux discrétions du verbe
lorsqu’on trouve les mots, dessous la mauvaise herbe,
effleuris, fatigués, présence sans surprise,
lorsque l’ombre indolore, au déjà-vu, s’est prise

à ce piège des riens multipliés d’encor,
lorsque les mots n’ont plus que la douleur du corps
et que là, sans mystère, ils dérivent aux pages
dont l’ombre a négocié, au temps, leurs propres cages.

Je ne sais pas où meurt la phrase et son parfum,
quels en sont les détours et quelle en est la fin,
ni ce semblant de croire en sa verve première,
je m’assombris un peu quand baisse sa lumière !

Sur le champ des étoiles dévêtues de pluie
si la nuit les réveille au rêve où je m’ennuie,
des éclats de morsures, d’infinies pénombres
s’emmêlent, çà et là, en des feux bien trop sombres.

Il ne reste plus d’eux qu’un vieil écho surfait
au miroir où, là-bas, avec eux j’avais fait
quelques songes-écarts, quelques éclaboussures
dont l’avenir certain est de moins en moins sûr.

 


 

Poésie Mon Amour

 

 

vous écoutez: Ibéria (Evocation) de Isaac ALBENIZ