photo collection personnelle
 


Je suis un saltimbanque.
 

 



J’ai trouvé mon refuge où se noie ma mémoire
En ce vieux vin de vie qui tait tous les grimoires,
Ces piètres dévotions que balbutie l’histoire
Où l’on aurait voulu le chant de la guitare !

Je m’abreuve d’un rien et m’occulte d’un tout
Et les mains qui s’en vont comme de vieux « surtout »
Les mains décalcifiées, les mains de l’ignorance,
En leurs gestes épris, ne savent la souffrance !

Vous êtes la rimaille et je vais grimaçant
Là où vous écrivez tout ce que je ne sens,
Modulée votre extase est une raison d’être
Et la mienne, ce soir, ne saurait vous connaître !

J’ai bu, la mort dans l’âme et l’âme mise à mort,
En bien d’autres lointains, en bien d’autres remords,
Connu, ne soit permis, l’arme blanche et le feu
De ces prisons nourries de l’homme et de son peu !

Que sied-il, à vos vies, à vos gestes éteints,
Qui eut, en quelque endroit, un sourire au matin ?
Vous qui vous promenez de poésie en rêve
Et n’offrez à personne un doux lieu, une trêve !

Je vous agresse – eh quoi ? – je suis un saltimbanque
Qui – mutilé des vies – se mutile une banque
Et, par ses gestes-pluies, ses incompréhensions,
S’écrie : « j’écris le cri de Ma Révolution ! »

Les pourquoi de l’horreur n’égalent le mensonge
Et l’autrefois des jours où vous fûtes des songes,
L’autrefois, abreuvée au vieux vin de la vie,
Dégueule de vos mots, en geste inassouvi !
 

 

Peu s’en faut.

 

Et peu s’en faut, qu’en mon mystère,
s’éloigne mon propre horizon,
que se dissipent mes saisons
vers d’autres terres !

Que… même nuit, même voyage,
s’écartèle, au vent du destin,
l’infime écho de ces matins
par trop sauvages !

Le rêve avait son inconduite
et mes rigueurs, leurs pauvretés,
peu s’en faut que ma vérité
soit à ma suite !

Il est déjà l’heure tardive
et ses élans parcimonieux
comme un éclair au fond des yeux
qui récidive !

Et naît le jour et prie la nuit,
l’un, l’autre épousant son pareil
dont l ‘écho me glisse à l’oreille :
« tu n’es qu’ennui ? »

Je suis, peu s’en faut, rouge plaie,
morsure, au talon des instincts,
qui me poussait et qui m’éteint…
Rien qu’un délai !
 

 

Et la vie va son ombre.



Le soir, en sa demeure, un poète vacille
A prétendre des mots presque éteints, comme brille
Une divine étoile éclatée dans les cieux
Par amour, par folie qu’il écrit… Silencieux !

Le geste est maladroit et la pensée sauvage,
A l’encre bleue du temps il dessine, voyage
Une aube millénaire, écarlate et rêveuse
Où chacun – méconnu – découvrirait, pieuse

Une petite étreinte, un « quelque rien du tout »
Suffisant à refaire, en la vie, ses « partout »…
Ses « inégalement je suis en apostrophe
Entre la vie d’ici et celle de mes strophes ! »

Je suis… Le soir étreint mon poétique rêve
Où, vaguement, s’en vient la douceur d’une trêve
A n’écrire plus rien qui me pèse ou me coûte
Et c’est ainsi ma vie et c’est ainsi ma route !

Et le poète veut, et le poète sent
Aux lumières enfuies, en son soir incessant,
La magistrale rime éblouie et qu’égraine,
A sa plume, l’amour aussi bien que la haine !


Il n’oubliera jamais, en ses rêves, ses vers
Balbutiés d’automne et d’été et d’hiver
Dont les petits matins éveillent, en pénombre,
Un voile de lumière… Et la vie va son ombre !

 


 


S’éloigner.



Délivré de l’étrange aux lumières mouillées
Dont il avait perçu, en d’autres fois souillées,
Quelques petites paix, quelque éclipse sauvage,
Il s’éloignait des jours que les « toujours » ravagent !

Le lent piétinement, aux ruelles des peurs
En des nuits affolées comme affolé son cœur,
L’avait, pour rien, non rien, égaré du ciel vide,
Il s’éloignait des jours et des « toujours » avides !

Sa raison d’espérer n’était qu’un stratagème
A croire, ici et là, que le cœur bat s’il aime
Et qu’aux confins de tout l’amour vrille les sens,
Il s’éloignait des jours que les « toujours » encensent !

Sur le bord des oublis où l’espoir reste entier,
Statue sans envergure au jardin des moitiés,
Sacrilège égaré des songes acrobates,
Il s’éloignait des jours dont les « toujours » se battent !

La dernière irraison, falsifiée des vouloirs,
N’avait su dépasser les murs de son parloir,
Ni même, en quelque pluie, dissimuler les larmes,
Il s’éloignait des jours et des «  toujours » de charme !

A la vieille illusion qui pendouille au grenier
Des maisons de l’amour, il voulait tout renier
Et mettre dans un trou ses vieux rêves fichus
Et s’éloigner des jours et des « toujours » déchus !

 


 


Je me sens presque nu.



Il est bien trop de « je » en mes mots écarlates,
Bien trop souvent mon cœur ouvert à l’inconnu
Et ma verve en devient des plus indélicates
Je me sens presque nu !

Du soir, élucidé par quelques faux-semblants,
Par quelques petits lieux, aux matins inconnus
Sur la route des Mots étouffés ou hurlants
Je me sens presque nu !

L’automne qui s’en vient aux grisailles du ciel
Bien que j’aime, en ses lieux, les couleurs de ses nues
N’éveille en ma douceur, ni l’altruisme ou le fiel…
Je me sens presque nu !

Impossible chemin que ces vers élagués,
Que ces songes en « je » qu’une étoile insinue
Et par cette rivière, à n’en savoir le gué,
Je me sens presque nu !

Sur les chemins du temps, au temps-métamorphose
Et les sentiers pourtant tellement méconnus
S’effeuillent mes écrits, comme éteinte la rose
Je me sens presque nu !

Il n’est plus d’horizon à peindre les couleurs
Dont le rivage en feu me serait survenu,
Je n’ai plus que mon « je » plus que lui comme un leurre
Et je m’en sens bien nu !

 


Mélodie.


Mélodie, mon amour, j’écris sur ton corps nu
Les baisers et les pleurs de ma vie inconnue,
De mon irrévérence aux secrets du linceul
Où j’ai posé ton cœur, où le mien reste seul !

Mélodie, Mélodie, vieux blues ou vieux sanglots,
Mon reflet étonné pour cette ombre sur l’eau
De ta mémoire enfouie parmi les détritus
Dont le geste égaré, à jamais, là, me tue !

Mélodie, ma douceur, mon ravage, mon ombre,
Ma petite chanson mais toujours aussi sombre,
J’écris sur le trottoir d’un opéra de mots
La vie qui meurt en toi, Mélodie, mes doux maux !

J’écris : « Je me souviens » Il pleuvait sur la route
Qui donc avait si froid ? En cet instant je doute !
Et quelque part, ailleurs, Mélodie, mon histoire
Arrête ses sanglots sur mes airs de guitare !

J’écoute, à tous les vents, les tempêtes de rêves
Qui nous font froid au cœur et qui n’ont plus de trêve
A ces choses blessées, Mélodie, je t’aimais…
Puis l’on se dit : « Pourquoi ? » Puis il y a un « mais ! »

Il y a, Mélodie, l’amour sans raison d’être,
Les baisers et les pleurs pour un peu se connaître
Et les Mots dessinés sur ton corps demi nu
Quand le mien, à t’aimer, est resté… inconnu !

 


 

Je serai – croyez-vous ? -    


Lentement le chemin s’était ouvert à moi,
A chaque pas nouveau se dévoilait l’émoi
D’un petit quelque chose encoloré de rêve,
Un rien, une illusion, un secret, une trêve !

C’était – allez savoir – il n’y a pas longtemps,
A cet âge où la vie énombre ses printemps,
A ce moment précis où les choses éteintes
Ouvrent, sur l’horizon, l’espoir en d’autres teintes !

J’y avançais prudent, presque un peu maladroit,
Etonné que mes jours eurent encor des droits,
Que le vieillissement me laisserait connaître
Les beautés de la vie par une autre fenêtre !

En ses demies-clartés, en ses extravagances
Le bonheur éteindrait l’ombre de mon errance
Et, sans aucun détour, sans la moindre façon,
Mon cœur se réjouirait au gré de sa chanson !

Je serai rimailleur de douceur et de paix,
Un clown, un ménestrel aux habits dont l’aspect
Évoquerait le rire et le plaisir de vivre,
Un homme, en son chemin, qui dessine des livres !

Je serai – croyez-vous ? – mais par là je dérange
En leurs gestes éteints, en ce sourire étrange,
Endeuillé de nature, en mon âme rivé,
Ceux qui m’ont vu revivre et que ça fait crever !

Ils n’ont pas d’horizon, ni la moindre lumière
Et chaque chose, en eux, se défait éphémère ;
En leurs regards j’appris à éteindre mes yeux
Comme un enfant vieillit tout seul et silencieux !

Comment vaincre, en ces jours, la mort qui les conduit
Tant hier que demain, moi qui veut « aujourd’hui »
Bien que sentant, partout, chacun d’eux qui fourmille
En prétextant, bien haut : « Nous sommes ta famille ! »

 


Qui me dira: " Écris..."
 

Et quand j’aurai tout dit qui donc voudra encore
Entendre un peu ma voix ?
Qui, parmi les lointains, parmi les vies, les ors
Ces choses qu’on revoit

En quelque instant-dérive, en quelque petit lieu,
Qui me dira : « écris
Le soleil ou le vent, le sourire en tes yeux,
Et des Autres, les cris ! »

Je ne sais de cela que des jours envolés,
Ni l’ombre qui, dansant
Sur mes mots de toujours au brouillon craquelé,
Saurait que je pressens

L’ancien de mon histoire au buisson de l’étrange
Au bord des ravins fous
Qu’embrument, çà et là, les rêves, les louanges
Pour qui, pour toi, pour vous !

Je ne sais Qui, ni quoi, ni l’autre vie qui vient
Pleine de ses absences,
Ni mon propre séjour en ces jours diluviens
Dont j’entends le silence !

A qui, à quoi, pour qui tous ces mots, ces poèmes
Ces dessins interdits ?
Qui saurait, en ces jours, à ce point, comme j’aime
Tout ce qu’on ne m’a dit ?

 

 

Seulement.


Seulement je ne sais qu’éteindre la lumière
Où la vie a, souvent, endeuillé l’éphémère
En ces choses de peu, en ces choses de rien,
En ces choses qu’on croit et auxquelles l’on tient !

Ces « presque rien du tout » ces éclats de passage
En des rêves maudits par un cœur bien trop sage,
En des absurdités griffonnées quelque part
Et dont on ne revient si toutefois l’on part !

Seulement il y a, il y avait… peut-être
Une raison de vie au coin d’une fenêtre,
Un horizon larvé, une aube toute étrange
A sentir, çà et là, la présence d’un ange !

Seulement je ne veux, je ne voulais, je sus
Qu’aux rimes irisées tout reste inaperçu
Et, parmi les secrets élagués des quatrains,
L’on ne sait plus, là-bas, où nous conduit ce train

En ce voyage fou de cette vie prédite
En un lieu de naissance, à grands pas, que l’on quitte
Et, comme un oiseau-feu au ciel blanc de l’hiver
L’on ne sait plus pourquoi, mais pourquoi tous ces vers ?

Seulement s’en revient sans cesse au bout des doigts
Et le dessin des mots et tout ce qu’on leur doit,
Alors infiniment s’égrainent les déliés
D’un poème de rien, pour un rien oublié !


 

vous écoutez: Divagacion de: Augustin Barrios-Mangoré

 

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