Une étoile qui brille.

 



à Frédérique
(ma fille aînée)



Je me souviens d’avoir oublié trop de choses,
de n’avoir pas ouvert le jour sur l’horizon
lorsque, par-ci, par-là, la marguerite éclose
s’effeuillait à des vents plutôt qu’à des saisons.

Les rubis de l’amour sont enfouis sous la terre,
je saurai bien un jour piocher assez profond,
au-delà des : ceci, des : je ne veux que taire
mon cœur, là, dans mon corps et le glisser au fond

de ce trou fabuleux en son noir intérieur,
m’étendre et regarder le ciel de l’agonie,
souffrir comme il convient mais seul et sans ailleurs,
dormir et puis dormir par tout ce que je nie .

Il m’en souvient trop fort de ces morts en soi-même
lorsqu’on ouvre les yeux sur la silhouette au loin,
de ces morts accrochées à des : vois-tu, je t’aime,
de ces morts combattues par de grands coups de poings.

Je sais, là, quelque part, une étoile qui brille,
un sentiment d’amour, une ancienne musique,
pour les grands yeux profonds de la petite fille
que j’ai eu autrefois, ma douce Frédérique !

Au-delà de tous lieux, par-dessus tous les vides,
quand, même mort et sourd, me pousseraient des ailes,
égratigné partout et noué sous les rides,
elles ne battraient plus, vraiment plus que pour Elle !

Alors, pour aujourd’hui, quand le ciel seul m’enlace
en ses bras diluviens, en ses soleils d’amant,
je suis heureux de rire au nez de mes « hélas »
et, croyez-le ou non… je sais que je ne mens !

 

vous écoutez La Romanesca de
Fernando SOR



Poésie Mon Amour